Les engagements en matière de réduction des gaz à effet de serre et les évolutions légales relatives à ce sujet sont actuellement discutés dans les chambres fédérales, mais les objectifs sont bien connus, c’est-à-dire une réduction de 50% des émissions pour 2030. Par contre, ce que ces conditions cadres engendrent comme risques et opportunités pour les entreprises n’est que mal apprécié. Certes, les contraintes actuelles par rapport aux lois sur l’énergie ou le CO2 sont connues. Mais cette évolution vers la réduction du CO2 et une consommation d’énergie réduite va se poursuivre. Elle offre dès aujourd’hui des possibilités importantes d’optimisation, de positionnement et d’innovations aux entreprises.

 

Si les risques liés à l’augmentation de la température sont réels, peu d’entreprises se sentent directement concernées dans leur quotidien. Il en va autrement pour ce qui concerne les risques liés à la lutte contre le réchauffement climatique. Les changements induits dans notre économie et notre société pour atteindre les objectifs fixés sont tels que toutes les entreprises sont forcément impactées de manière plus ou moins directe. Une réflexion sur ces enjeux est aujourd’hui nécessaire pour saisir les risques et les opportunités à venir.

 

Le fait est que les engagements pris par la Suisse dans le cadre du protocole de Kyoto, ou plus récemment lors de la COP21 à Paris en 2015, impliquent une réduction massive des gaz à effet de serre dans les années à venir. Des actions ont déjà été prises par la Confédération afin d’entraîner cette évolution, au niveau législatif par exemple. La loi sur le CO2 et les taxes qui en résultent sont connues jusqu’en 2019. La nouvelle loi est actuellement en discussion dans les chambres et la tendance est clairement vers une augmentation des taxes sur les carburants et les combustibles. D’autres outils permettent d’avancer vers une meilleure protection du climat contre le changement climatique global. Des systèmes d’échange de quotas d’émissions existent et la Suisse prévoit de se rattacher au système européen. La stratégie énergétique 2050 fait également partie de ces mesures pour atteindre les objectifs climatiques. Les villes et cantons s’activent pour définir des objectifs locaux pour un développement plus durable. Le canton de Fribourg établit par exemple un plan climat, qui vise entre autres à identifier des mesures sur la base d’un bilan carbone établi à l’échelle cantonale. Les contraintes législatives et mesures relatives aux émissions de CO2 et à la consommation d’énergie sont donc bien présentes et vont clairement se renforcer dans les années à venir. Mais ce ne sont pas là les seules contraintes.

 

La plupart des grandes entreprises, au niveau national ou international, ont déjà pris conscience de l’importance d’intégrer des problématiques relatives à leur production de CO2. Au niveau des multinationales par exemple, l’image de l’entreprise est au centre de cette réflexion, puisqu’elle est la première touchée par une mauvaise gestion des émissions de gaz à effet de serre ou des scandales environnementaux et sociaux. Afin d’attirer des investissements et de garder sa place sur les marchés, cette image de marque est essentielle. Mais ce sont aussi les coûts qui peuvent être optimisés dans le cas d’une approche de développement durable, sur l’optimisation des processus, des produits ou de la chaîne de valeur par exemple.

 

Ce mouvement n’est pas encore perçu comme prioritaire par les PME, qui ont elles aussi des intérêts à intégrer des aspects de développement durable dans leur fonctionnement. Les différents secteurs d’activité sont touchés de manières diverses, soit par des contraintes légales, soit par des contraintes de marché, soit par des contraintes financières. La situation actuelle offre beaucoup d’opportunités de financements, de positionnement et des mesures d’encouragements. Le passage de l’encouragement à l’interdiction va se faire progressivement. Par exemple, l’interdiction de la production de chaleur avec les énergies fossiles, une obligation d’assainir les bâtiments, une obligation de réduire les émissions liées à la mobilité etc. Même si certaines mesures semblent encore éloignées, la complexité du changement nécessite une action rapide. Un exemple : l’interdiction de production de chaleur par les énergies fossiles en 2050, et par conséquent la nécessité de changer un producteur de chaleur, implique qu’une nouvelle installation fossile devra être amortie sur un temps de plus en plus cours et inférieure à la durée de vie de l’installation.

 

Chaque entreprise sera touchée d’une manière qui lui est propre. Dans le but d’évaluer quel risque est encouru par l’entreprise, des outils existent. D’une part, le bilan CO2 offre une base d’évaluation de la situation d’une entreprise et de son activité. Couplé avec une connaissance des objectifs politiques, des évolutions des marchés ou de la finance, il forme la base pour une analyse des risques et des opportunités pour chaque organisation. Aujourd’hui, les opportunités priment encore sur les risques. Ces opportunités se situent au niveau des marchés, de l’image, des financements ou encore de la gestion de l’énergie par exemple. En anticipant les contraintes, il est possible de développer ces possibilités d’amélioration. Qu’il s’agisse de se positionner sur un marché par l’obtention d’un label ou de développer des nouveaux produits et processus, la palette d’action d’une entreprise est particulièrement diversifiée. Le bilan CO2 permet ensuite de fixer des mesures chiffrées et objectifs pour limiter les risques futurs.

 

La tendance à la réduction des émissions de gaz à effet de serre est lancée. Par les mesures de la Confédération et de bien d’autres pays, le changement est en marche. Le risque que représente cette évolution peut encore sembler limité, par le nombre restreint de contraintes légales par exemple. Cependant, il est prévu que ces contraintes sur les émissions se renforcent, ainsi que dans d’autres domaines liés à l’environnement et au développement durable. La concurrence en termes d’image est elle aussi fortement liée à une prise en compte d’objectifs durables, permettant de se positionner sur un marché, mais aussi dans l’opinion des clients et autres parties prenantes. A court terme donc, le risque semble limité. Il est pourtant dès aujourd’hui présent, ainsi que de nombreuses opportunités à saisir. Les mesures incitatives sont encore nombreuses, offrant des soutiens souvent bienvenus. Dans une vision comprenant les cinq années à venir déjà, l’influence de lois comme la loi sur le CO2 ou la loi sur l’énergie (LEne) vont considérablement impacter les entreprises.