« Il est urgent d’agir !  » Suite aux étés caniculaires qui se succèdent, vous avez vu et entendu cette phrase à de très nombreuses reprises. Edito, articles et reportages se succèdent pour répéter en boucle qu’en terme de réchauffement climatique les actions doivent impérativement s’accélérés pour ne pas dépasser un point de non-retour. Dans votre quotient professionnel, « agir » c’est avant tout répondre aux attentes des clients, développer de nouveaux produits ou acquérir de nouveaux marchés. Les considérations climatiques n’ont que peu de place et c’est parfaitement compréhensible. Mais ne parlons-nous pas de la même chose ?

 

En Suisse comme partout dans le monde, les effets du réchauffement climatique se font ressentir. La hausse moyenne des températures est deux fois plus élevée en Suisse que sur l’ensemble du globe (Météo Suisse). Les reportages, parfois dramatiques, nous proviennent de partout dans le monde : des températures de plus de 24°C enregistré au Groenland, des feux de forêts en Scandinavie, des inondations meurtrières en Asie, des famines ou l’impact croissant sur la biodiversité. Face à ces enjeux, les dirigeants du monde entier ont décidé d’agir. Les accords de Kyoto, puis ceux de Paris fixent des objectifs pour la réduction des émissions de CO2 et imposent des actions concrètes. Ces objectifs ont été repris au niveau national pour aboutir à la loi sur le CO2 et à la stratégie énergétique 2050.

La sortie des énergies fossiles est donc programmée. Au contraire d’autres tendance comme la digitalisation ou l’industrie 4.0, nous avons pour le climat des objectifs chiffrés et des mesures contraignantes pour atteindre nos objectifs. Nous sommes donc dans un processus irréversible qui aboutira à un bouleversement complet de notre société et notre économie. Les changements ne se feront pas que dans le mode de production d’énergie. Ils vont fortement affecter les transports. Nous allons donc favoriser les produits locaux, mais également limiter les potentiels d’exportations. L’exploitation des ressources naturelles, très gourmande en énergie, devra baisser au profit du recyclage et d’une économie circulaire.

Les premiers effets se font évidemment déjà ressentir, surtout pour les grandes entreprises. De nombreux fonds d’investissement, notamment les fonds institutionnels, « décarbonisent » leur portefeuille et se débarrassent des actifs liés aux énergies fossiles. Les géants du pétrole perdent donc de la valeur ce qui impacte sur leur capacité à lever des fonds. La Banque Mondiale a par exemple décidé de ne plus financer de projets liés aux énergies fossiles à partir de 2019. D’autres cherchent à profiter de cette réorientation des flux financiers en jouant les bons élèves. Quasi toutes les multinationales ont un programme de développement durable et mettent en avant leurs actions pour le climat. C’est également le cas pour les grandes entreprises nationales qui ne sont pas cotées en bourse, comme Coop et Migros, mais pour lesquelles l’image auprès du grand public est un élément clé du succès.

Ces entreprises ne prennent pas que des actions internes. Elles augmentent évidemment aussi les exigences auprès de leur fournisseurs. De nombreuses PME en subissent déjà les conséquences. Certains constructeurs automobiles exigent de leurs fournisseurs de remplir le questionnaire du programme international CDP, ou Carbon Disclosure Project. Les producteurs maraîchers sont contraints d’adapter leur mode de production et de fournir des légumes CO2-neutre. Les fournisseurs de Nestlé sont contraints à une déclaration sur leurs engagements pour la réduction de leur impact CO2 pour rester fournisseur de l’entreprise.

Le domaine de la construction est également fortement concerné. Poussée par certaines caisses de pension, la construction durable gagne en importance et les entreprises du secteur doivent s’adapter. Les lois aussi changent et certains cantons ont introduit une obligation de réaliser des toits végétalisés en ville, la nécessité de produire une partie de son énergie, sans compter l’interdiction prévue des chauffages au mazout.

Mais la source principale d’émission reste la mobilité. La croissance prévue de la mobilité entre 2010 et 2030 est de 25% pour la Suisse. Les taxes CO2 existent déjà et une baisse de la consommation des véhicules importés est imposée par la loi sur le CO2. Tous les grands constructeurs misent donc sur les véhicules électriques. Des grandes marques comme Mercedes ou Volvo sont fortement engagés dans cette transition. Pour les entreprises, il s’agit d’intégrer progressivement un nouveau mode de gestion des flottes de véhicules et/ou de favoriser les transports publics pour limiter les pertes de productivités des collaborateurs.

La bonne nouvelle,est que tous ces risques sont largement prévisibles. Comme les objectifs sont clairs, nous pouvons nous y préparer et transformer cette transition en une réelle opportunité. De plus, les mesures mises en place par les cantons et la confédération facilitent cette transition pour tous ceux qui cherchent à anticiper le changement.

En 2018, l’énergie autoproduite et autoconsommée est pour la première fois devenue plus attractive que l’électricité achetée sur le réseau. Cette tendance va se poursuivre avec la baisse des prix de production du photovoltaïque. De manière générale, les énergies renouvelables ont ceci de remarquable, que les chargent se limitent essentiellement aux investissements. Pour les énergies fossiles, nous payons la production de chaque kWh alors que pour les renouvelables, une fois les investissements amortis, l’énergie ne coûte plus rien.

Un constat similaire s’applique à l’économie circulaire : avec un taux de recyclage de 100%, nous ne payons plus que la transformation de la matière, mais pas l’extraction. Les prix des produits pourraient donc fortement baisser et nous passerons du statut de « consommateurs » à celui d’ « utilisateurs » temporaires des ressources.

Ces changements impliquent forcément le développement de nouveaux services, de nouveaux produits. Pour les PME, c’est donc une opportunité de proposer de nouvelles solutions pour un marché qui va fortement croître sur les prochaines années. Et comme les objectifs sont les mêmes pour tous les pays, les solutions les plus innovantes pourront facilement s’exporter.

Le risque est clairement dans l’inaction. Comme la sortie des énergies fossiles est planifiée, nous devons forcément faire face à ce changement. Qui dit changement dit contraintes, mais nous pouvons anticiper ces contraintes car le processus est inscrit dans les lois. Nous sommes donc dans une situation privilégiée dans la quel l’évolution de certains marchés est prévisible. Si « l’urgence d’agir », si souvent mentionnée dans la presse, se rapporte donc bien au climat, elle s’applique aussi aux entreprises qui souhaitent rester compétitives dans les années à venir.